Syntec et les 35 heures

35 heures dans l’informatique : l’esclavage par la flexibilité

Le 22 juin 1999 le SYNTEC et le CICF (organismes patronaux) ont signé un accord national sur la durée du travail avec la C.G.C. (syndicats de cadres) et la C.F.D.T.
La loi sur les 35 heures, sensée créer des emplois, trouve ici une application qui satisfait au mieux les patrons : flexibilité et annualisation en sont les points forts, et la création d’emplois n’est qu’un prétexte.

Le préambule rappelle que l’objectif est la « réduction du chômage ».
Dans notre société, le chômage est une aberration, et nous luttons pour son élimination, par une réduction massive du temps de travail et le changement des structures (hiérarchiques…) et objectifs des entreprises.

La durée de travail hebdomadaire sera de 35 heures, à compter de l’application de la loi. Mais l’annualisation et la modulation en font une durée virtuelle. L’accord prévoit que nous pourrons travailler, en toute légalité, jusqu’à 46 heures  par semaine !

Il est dit que l’’accord sera appliqué, et les salariés en « seront informés » : la réduction du temps de travail doit selon nous être appliquée d’une façon simple : mise en place de la semaine de 30 heures, sur 4 jours, pour tous, sans réduction de salaire ni aucune autre contrainte pour le salarié et avec embauches correspondant à la diminution du temps de travail. Si, dans une entreprise, les salariés souhaitent d’autres modalités (comme des jours de congés supplémentaires correspondant à la semaine de 30 heures, ou bien une semaine de 5 jours à 30 heures) cela doit se décider en assemblée générale des salariés. C’est à nous d’’informer le patrons de la façon dont nous voulons travailler, pas le contraire !

Le taux horaire à ne pas dépasser annuellement prévu par l’accord est de 1610 (un décompte correct conduit à 1589 heures) : c’est une des conditions de l’annualisation qui concrétise la flexibilité. Le taux horaire à ne pas dépasser doit selon nous être journalier.

L’accord définit le « travail en autonomie », qui touche ceux qui ont le statut d’ingénieurs et de cadres. Dans ce cas, il est prévu qu’il n’y ait pas de décompte salarial des heures de travail. Les dépassements sont pris sur les « compte-temps », qui pourront être utilisés lors des périodes de faible activité : cela à pour conséquence qu’il sera impossible de gérer le temps libre généré par la baisse du temps de travail.

Le salaire forfaitaire définit une rémunération fixe quel que soit le taux hebdomadaire de travail. Le maximum étant de 219 jours annuels, ce qui correspond à 8 jours de récupération, alors que les 35 heures devraient en apporter 23.

Afin de préserver la productivité, l’aménagement du temps de travail se fera sur l’année, c’est à dire par l’annualisation du temps de travail.
On recherche la « productivité globale » grâce à la « souplesse », c’est à dire la flexibilité.
Les entreprises appliqueront la réduction du temps de travail tout en « modulant sur l’’année » : les périodes de sous et de suractivité se compenseront sur 12 mois.
Les variations d’’horaires de travail pourront être annoncées 8 jours à l’’avance.
Dans ce cadre, le concept d’’heures supplémentaires (comme étant des heures exceptionnelles  payées plus) disparaît.

La durée maximum de travail sur une semaine sera de 46 heures et de 43 heures si le travail est compté sur 12 semaines.
Le compte de temps disponible pourra être débité par le patron, lors des périodes de sous activité. Il pourra également l’être à l’occasion de formations.
Nous revenons progressivement au concept féodal de « journalier », ou l’on ne sait pas quelle sera la charge de travail la semaine suivante. S’il y a du travail, cela peut aller jusqu’à 46 heures par semaine. S’il n’y en pas, nous resterons chez nous sans avoir la possibilité de planifier quoi que ce soit à l’avance. Mais le patron pourra planifier à notre place, en nous envoyant en formation sur notre temps libre, alors que la formation est typiquement ce qui augmente la « productivité globale » de l’entreprise, et doit donc se faire pendant les heures de travail.

L’objectif avoué des patrons est de réduire le temps de travail sans porter atteinte à la productivité des entreprises, à leurs gains… qui sont loin d’être les nôtres. La réalité de cet accord est qu’il permettra même de l’accroître sur le dos des salariés. Tout le texte suinte de l’idée que ce qu’il faut préserver et améliorer à tout prix est la productivité, alors que l’on embauchera uniquement « chaque fois que possible ».
Cet accord révèle ce qu’est réellement la réduction du temps de travail : un alibi et un prétexte pour faire passer la flexibilité comme méthode de travail. Cela ne coûtera pas grand chose aux patrons et fera de notre vie une activité entièrement articulée autour de leur bon vouloir. Les chômeurs, eux, restent le prétexte. Le plus surprenant est que certaines des organisations signataires osent se nommer « syndicats ».
C’est la logique même d’une recherche effrénée de rentabilité que nous remettons ne cause. Nous devons imposer le fait de travailler moins, tous et autrement.
On voit ou mène la négociation sans rapport de force. La réduction du temps de travail doit s’obtenir par la lutte. Les patrons ne comprennent que ça.

Le Syndicat de l’Industrie Informatique dénonce cet accord, et s’opposera chaque fois que possible à son application, en refusant la flexibilité et en proposant des solutions alternatives. Nous engageons tous les salariés du secteur informatique à prendre connaissance du texte de l’accord et à s’organiser au sein des entreprises pour imposer une réduction du temps de travail qui crée des emplois et améliore réellement notre vie.

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