Archives par étiquette : SSII

Le syndicat de l’industrie informatique représentatif chez Econocom Services

Depuis le 22 mai dernier, pour la première fois de son histoire, la CNT-Solidarité Ouvrière est représentative dans le monde des SSII, chez Econocom Services.

Avec 11,5%, la CNT-Solidarité Ouvrière pourra désigner 2 délégués syndicaux, 1 représentant syndical au Comité d’Entreprise et 1 au CHSCT.

Pour les élections qui ont eu lieu dans la société Econocom Services (1300 salariéEs), la CNT-Solidarité Ouvrière s’est présenté en intersyndicale sur la liste « Unis chez Econocom ». Un regroupement de syndicats qui a pour seul objectif la défense des droits des travailleurs. La liste est arrivée première avec un peu plus de 46% des voix et chose très surprenante dans les sociétés informatique, le quorum a été atteint.

Les syndicats se sont fixés comme premier objectif d’arrêter l’hémorragie des acquis sociaux au sein du groupe Econonocom. Lourde tâche qui donnera sans aucun doute l’occasion d’organiser des actions de terrain !

Émission de radio sur le délit de marchandage

Voici l’émission Le monde merveilleux du travail du 6 mai 2013 sur Radio Libertaire (89,4Mhz FM en région parisienne), animée par le Syndicat de l’industrie informatique. Le thème de l’émission est le délit de marchandage (principalement en SSII) !

Le_monde_merveilleux_du_travail.2013-05-06

Informaticiens en batterie

« Le savoir n’est plus valorisé » explique François, pourtant chef de projet chez Safran Engineering Services, un sous-traitant d’Airbus. En effet la majorité des informaticiens sont employés dans des sociétés de services en ingénierie informatique (SSII) ou des agences web. Ces entreprises sont elles des pépinières de génies ? Non car « le métier d’ingénieur en SSII est dévoyé […] Il se résume à de basses œuvres techniques, souvent répétitives […] et démotivantes, car on n’a aucun pouvoir de décision ». En effet le pouvoir de décision est confisqué par la force de vente (managers et commerciaux), avec pour effet pervers de faire passer la créativité après la rentabilité.

Car l’objectif premier des SSII, grande « réussite » de l’industrie française, est la rentabilité financière. La réduction des coûts est leur obsession. Les SSII prêtent des informaticiens à leurs clients, ces derniers profitant d’employés low-costs ne bénéficient d’aucun des avantages de l’entreprise dans laquelle ils sont dépêchés (comités d’entreprise, crèche d’entreprise, restauration, etc.). De plus, les SSII n’envoient pas forcément chez leur client un spécialiste. Priorité est donnée à leurs informaticiens en « intercontrat » c’est à dire qui ne sont actuellement pas délégués chez un client.

Dernier exemple en date de cette logique financière : La suppression de 1300 postes en Europe par Logica dans le but (publiquement assumé !) de hisser la marge au dessus de 6,5% du chiffres d’affaires au second semestre 2012.

Voilà la réalité du travail d’une grande majorité d’informaticien aujourd’hui. Pour inverser le rapport de forces entre managers/patrons et informaticiens, se syndiquer est une solution !

Dans nos secteurs (informatique généraliste, web, webdesign, sécurité, etc.), nous sommes exposés, parfois formatés, ou compressés ; mais ensemble nous pouvons résister.

GEEKS DE TOUS LES PAYS, SYNDIQUEZ-VOUS !

Syndicat de l’Industrie Informatique – CNT

Citations extraites de l’article homonyme de Nicolas Séné du Monde Diplomatique de mai 2011.

Logica annonce 1300 supressions de poste en Europe

Dans toutes les SSII, les managers font comprendre aux travailleurs que l’air du temps est au serrage de ceinture parce que c’est la crise, qu’elle est mondiale et qu’on ne peut rien y faire puisque les clients repoussent leurs projets d’investissements. Ce qu’ils ne disent pas, c’est que la crise, c’est quand il n’y a plus d’argent une fois qu’ils se sont servis à coup de bonus, de stock-options ou de parachutes dorés et qu’ils ont servis les actionnaires.

Chez Logica, cette  logique purement boursière est au moins assumée. Logica ne se donne même plus de la peine de faire croire que l’entreprise est au bord du gouffre puisqu’elle annonce que si elle supprime 1300 emplois en Europe, ce n’est que pour hisser la marge au dessus de 6,5% du chiffres d’affaires au second semestre 2012.

Au moment où Logica annonce ce plan de restructuration (comprendre la suppression massive de postes et l’accélération de l’automatisation et des délocalisations), le président du Syntec Guy Mamou Mani continue à nous asséner ses propos lénifiants sur une année 2012 qui continuerait à être marquée par une pénurie d’informaticiens. Qui se moque de nous ? Logica, le Syntec, ou les deux ?

Logica illustre parfaitement la SSII type dénoncée par la récente étude du Pôle emploi. Dés qu’un rebond apparait dans un secteur, l’entreprise n’est plus à même d’y répondre parce que n’ayant pas de politique à long terme de gestion des carrières, elle préfère choisir le turn-over par toutes sortes de moyens (soit en poussant à la démission, soit en licenciant) plutôt que d’investir dans les compétences de ses salariés par de véritables politiques de formation, de promotion et de progression salariale. La seule stratégie de Logica sur le long terme consiste à pousser de plus en plus le départ des emplois vers des pays à bas coûts dans lesquels les salariés n’ont pas de droit du travail, cassant ainsi de plus en plus en France, le marché de l’emploi, le niveau des salaires, les conditions de travail.

Face à ce rouleau compresseur dopé par la peur de la crise, nous devons nous unir et nous organiser pour défendre nos intérêts avant qu’ils ne soit trop tard pour ne pas définitivement sombrer comme ont déjà sombré de nombreux autres secteurs d’activité. Ce n’est pas en restant isolés que nous pourrons établir un rapport de force avec des entreprises de cette taille. Parce que ce qu’oublient les dirigeants de ces SSII, c’est que leurs entreprise ont bien plus besoin de leurs salariés que des actionnaires pour fonctionner. Et les salariés ont le pouvoir de le leur rappeler.

Syndicat de l’Industrie Informatique – CNT

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ATOS : Thierry Breton continue son monopoly pendant le gel des salaires

Un an après avoir racheté Siemens, Thierry Breton, le PDG omnivore a décidé d’investir en Chine plutôt que d’investir dans la masse salariale française.

Atos vient en effet de s’allier avec la SSII chinoise UFIDA et a investi avec celle-ci 5,7 millions d’euros dans une coentreprise nommée Yunano, dont Atos détient 70% et Ufida 30%.

Cela fait des années depuis l’arrivée de Thierry Breton à la tête d’Atos que la direction explique pour applique le programme TOP que les salariés doivent faire des sacrifices et renoncer à leurs augmentations. Cela fait des années que la direction tire les coûts vers le bas. Cela fait des années qu’Atos n’investit plus dans ses ingénieurs en France, leur préférant des salariés de pays à bas coûts où les salaires et les conditions de travail les rend corvéables. Mais cette politique de délocalisation n’est qu’une fuite en avant. Les Français, trop chers sont petit à petit remplacés par des Indiens sur les projets et les contrats de TMA d’Atos. Cette politique de délocalisation en Inde n’a même pas encore été poussée jusqu’à son terme qu’Atos a déjà choisi son nouvel eldorado pour casser encore les coûts de ses services, ce que la direction d’Atos appelle « devenir un gros acteur en Chine » alors qu’Atos ne cache même pas qu’il s’agit de répondre à des besoins de services en Europe.

Et pour pratiquer cette politique de cassage des salaires, et pour satisfaire l’avidité rapace de Thierry Breton dont l’ego surdimensionné le pousse à sans cesse racheter des entreprises pour « avoir la plus grosse », les millions si difficiles à trouver pour augmenter les salaires et améliorer les conditions de travail devenues de plus en plus déplorables ces dernières années, apparaissent comme par enchantement pour racheter des entreprises les unes après les autres.

Alors, puisque Thierry Breton vient de se découvrir un nouvel intérêt pour l’empire du Milieu, qu’il n’oublie pas cette pensée de Mao Tse Toung, un leader chinois qui doit certainement représenter un modèle d’autoritarisme pour lui : Le poisson pourrit toujours par la tête

Syndicat de l’Industrie Informatique – CNT

L’informatique retirée de la liste des métiers ouverts aux étrangers

Par un arrêté du 11 août 2011 des ministères de l’Intérieur et du Travail, la nouvelle liste des métiers ouverts aux étrangers non européens a été mise à jour. Alors que cette liste était auparavant composée de 30 métiers, la nouvelle version en vigueur n’en comporte désormais plus que 14. Les métiers de l’informatique ont notamment disparu de la nouvelle liste sauf pour les « experts ».

Déjà au printemps dernier, Claude Guéant et Xavier Bertrand avaient annoncé leur volonté de restreindre l’immigration légale de travail dans l’industrie informatique. Guy Mamou Many, le grand Mamamouchi du Syntec et les dirigeants des grandes SSII avaient alors pris d’assaut la presse spécialisée et la presse généraliste pour crier à la mise à mort du secteur informatique.

A les croire, les SSII joueraient ainsi leur survie contre de multiples dangers. Il y aurait une prétendue pénurie d’informaticiens en France. Cette soit disant pénurie empêcherait les SSII de répondre à des appels d’offre, et donc ouvrirait en grand la porte aux solutions offshores.

Cette pénurie de main d’œuvre entraînerait de plus une surenchère insoutenable des salaires.

Mais de qui se moque les dirigeants du Syntec et des SSII ? Dans quel monde vivent ils ?

Il serait bien temps en effet qu’il y ait une surenchère des salaires.  Depuis combien de mois déjà entend on parler de la reprise dans le secteur et des cahiers de commande surchargés ? Combien de SSII ont gelé les salaires depuis des années et des années en prétextant de la crise, alors que le coût de la vie n’a cessé d’augmenter, prolétarisant encore un plus les informaticiens ?

Les gels de salaires sont devenus tellement courants que de plus en plus de SSII se sont retrouvées face à des conflits sociaux à répétition alors que la culture des informaticiens les avaient toujours éloignés des luttes sociales jusqu’à présent.

Quelle est cette prétendue pénurie de main d’œuvre alors que le Pôle emploi est plein d’informaticiens au chômage ? Alors que les sièges des SSII sont remplis de salariés en intercontrat ? Peut être ceux-ci n’ont pas les compétences techniques pour répondre aux nouveaux besoins des clients, alors que les nouveaux projets sont repartis de plus belle.  Mais pourquoi, les SSII ont-elles alors toujours autant de mal à former leurs salariés aux nouveaux besoins, alors qu’elles vendent très souvent au cours de leur recrutement leur volonté de formation permanente aux nouveaux embauchés ?

Quand les SSII cesseront elles ce chantage permanent à l’offshore, dont la menace est très difficilement vécue au quotidien par les salariés ? Comment le Syntec ose-t-il nous faire croire que la course à l’offshore va être accélérée par les augmentations de salaires ? Le Syntec n’a pas attendu la reprise pour faire à l’offshore et délocaliser massivement les projets informatiques dans les pays à bas coût. Cela fait des années et des années que les SSII tirent les coûts vers le bas au détriment non seulement de la qualité des services fournis mais aussi des conditions salariales.

Si le Syntec se préoccupait réellement des relations sociales dans l’informatique au lieu de se vivre uniquement comme un outil de lobbying économique, il saurait que la surenchère des salaires est attendue avec énervement par les salariés, qu’ils sont par ailleurs demandeurs de formations que leurs entreprises refusent très souvent sous divers prétextes afin de réduire les frais généraux, que l’offshore est vécu comme une menace induisant toutes sortes de risques psycho-sociaux, comme le stress, et de plus en plus souvent, le suicide au travail.

Nous refusons de nous laisser enfermer entre le choix du patronat qui ne voit l’immigration que du point de vue du profit capitaliste et les relents nationalistes du gouvernement.

L’immigration doit rester un choix correspondant à un projet de vie personnel, et non pas l’outil d’une stratégie patronale de pression sur les salaires et les conditions de travail en période de réamorçage de reprise. Nous rejetons ces discours qu’il viennent du patronat ou des nationalistes qui ne visent qu’à mettre en concurrence les salariés entre eux, alors que leurs intérêts les amènent à se battre contre un seul et même adversaire : le patron et les actionnaires. Aussi, nous préférons avoir une vision coopérative des rapports entre les salariés au travail.

Ce sont les patrons et les actionnaires qui ont déclaré la « guerre économique », et qui s’en attribuent les profits en regardant les salariés se mettre en concurrence dans un dumping social sans fin. Nous sommes les pacifistes et les déserteurs de cette guerre. Nous luttons contre ceux qui l’ont déclenchée et contre ceux qui l’attisent en nous dressant contre d’autres travailleurs. Nous n’accepterons jamais que les immigrés soient vus comme des boucs émissaires de cette situation, tout comme nous ferons tout pour qu’aucun salarié, quelque soit son origine ou son histoire personnelle ne tire les salaires vers le bas, en acceptant un salaire trop bas.

Alors, non, ce n’est pas à Guy Mamou Mani et ses sbires d’aller faire leur marché aux colonies, et nous n’attendons pas non plus de Claude Guéant qu’il empêche à des travailleurs compétents de venir chercher de meilleures conditions financières et sociales en France en essayant de nous faire croire qu’il cherche à préserver les emplois et les salaires des Français, alors qu’il n’est qu’une fois de plus dans la surenchère xénophobe à la remorque du Front National à la veille d’une campagne électorale qui sent déjà le rance, comme il en est déjà coutumier. Si Claude Guéant avait  vraiment l’intention de défendre nos intérêts, il ne cautionnerait pas la politique destructrice d’emploi du gouvernement auquel il appartient (défiscalisation des heures supplémentaires, réduction des commandes publiques, immobilisme devant  la répartition de plus en plus injuste des profits obtenus des gains de productivité,  etc…) C’est aux travailleurs eux même de choisir où ils veulent exercer leur métier. Et ça ne nous empêchera d’aller arracher à nos patrons les augmentations qui nous sont dues parce que nous savons parfaitement comment nos dirigeants d’entreprise savent capter pour jouer au Monopoly industriel et financier.

Syndicat de l’Industrie Informatique – CNT

Émission de radio : « SSII, laboratoire social du MEDEF ? » avec Nicolas Séné

Voici l’émission Le monde merveilleux du travail du 8 août 2011 sur Radio Libertaire (89,4Mhz FM en région parisienne), animée par le Syndicat de l’industrie informatique. Le sujet est « SSII, laboratoire social du MEDEF ? », avec le journaliste Nicolas Séné.

Le_monde_merveilleux_du_travail.2011-07-04

Élections professionnelles chez Atos Origin : Encore un coup d’épée dans l’eau ?

Atos origin - CNTCette semaine, se tiennent les élections professionnelles pour désigner les délégués du personnel et les membres du comité d’entreprise. La direction d’Atos Origin peut se réjouir de la présence de syndicats dans le groupe pour justifier son image d’entreprise pratiquant le dialogue social.

Pourtant, ce dialogue social n’existe pas chez Atos Origin. Depuis son arrivée à la tête du groupe, Thierry Breton n’a pas cessé d’appliquer implacablement son programme TOP (Total Operational Performance), sans tenir compte de l’avis des salariés du groupe. Après avoir restructuré France Telecom  en y détruisant des emplois par milliers, et en organisant un management qui a déclenché une épidémie de suicides qui a défrayé la chronique, il semble vouloir faire passer Atos Origin à la même moulinette.

Aucune protestation des syndicats et des salariés n’a pu encore briser son autisme narcissique. Toutes les demandes émanant des représentants du personnel, puis des représentants de l’intersyndicale après les journées de grève se sont heurtés à un même mur. Thierry Breton veut continuer son programme de suppression d’effectifs en France, de remplacement de postes en France par des postes offshore, d’arrêts de contrats pour les sous-traitants, de développement du Lean management, et de diverses techniques de management ne faisant que démoraliser les salariés du groupe, de compression de la masse salariale. La liste des motifs de mécontentement chez Atos Origin est devenue interminable. Les salariés d’Atos Origin ne font que se serrer la ceinture (non revalorisation des salaires, difficultés à se faire rembourser les notes de frais, restriction jusqu’au ridicule du matériel  de travail, etc…) pour que Thierry Breton puisse jouer au Monopoly capitaliste comme tout requin de l’économie qui se respecte. Après avoir échoué à racheter la Royal Bank of Scotland, il a réussi à s’offrir Siemens. Sa réputation de grand  prédateur est bien plus importante que la vie des milliers de salariés qui font tourner l’entreprise. Et rien dans ses vœux adressés aux salariés ne présage d’un début de préoccupation pour eux


Dear Colleagues,

As we start 2011, I would like to wish you and your family good health, happiness and success in the year ahead, with particular thoughts for those who have faced a personal misfortune.

For Atos Origin, 2011 will be an important year in the company‘s history. We will continue our transformation program to create a champion in IT services in Europe. In doing so we will create many new opportunities for all our employees and clients.

To ensure our continued success, we must work together to build our future and meet new challenges. I know that I will be able to count on you, and I thank you in advance.

Best wishes,

Thierry Breton,
Chairman and CEO

Outre le fait qu’il ne qu’il semble ne pas vouloir s’abaisser à parler en Français, il montre que son unique préoccupation est de créer un « champion de l’informatique » sans se soucier des conséquences sociales et nous appelle à nous plier à ses décisions.
Cette conception du dialogue social ressemble beaucoup à celle du gouvernement pendant le conflit sur les retraites.

Dans ces conditions, les élections chez Atos Origin ne peuvent servir que d’alibi à la direction. Le seul moyen pour les salariés d’Atos Origin de faire reconnaître leurs droits élémentaires est la lutte et non pas un dialogue de façade pendant lequel la direction écoute les représentants du personnel en pensant « Cause toujours ».

Quelque soit le résultat des élections professionnelles chez Atos Origin, il faudra continuer à se battre pour éviter de passer par pertes et profits !

Petit lexique de novlangue SSII à l’usage des nouveaux venus dans le métier

Lexique SSIICe lexique est une liste non-exhaustive ayant pour vocation d’être complétée. N’hésitez pas à nous faire des propositions !

Agence web : SSII pas totalement décomplexée.

Après-midi : laps de temps s’écoulant entre le crépuscule et le matin. Ainsi, l’expression : « Tu as pris ton après-midi ? » doit se comprendre « Tu ne restes pas travailler cette nuit ? »

Arbitrage : L’arbitrage ne consiste pas à se déguiser en « homme en noir » sur un quelconque terrain de jeu (football, handball, patinoire…) pour faire respecter et appliquer les règles dudit jeu, mais à sabrer un ou des projets faisant parti(s) de versions ou de lots de livraison planifiés des mois auparavant, propulsant ainsi plusieurs collaborateurs dans l’inactivité quasi-totale et les prestataires et/ou sous-traitants à la porte de leur mission, voir en inter-contrat sans billet retour.

ASAP : ASAP est une interjection employée en fin de phrase par le chef pour signifier qu’il a promis un délai irréaliste au client et qu’il n’a fait aucun planning de charges.

Augmentation : expression vulgaire tombée en désuétude.

Autoformation : l’autoformation est, avec la propal, la principale activité proposée aux prestataires en intercontrat. Il s’agit de réussir à pouvoir faire démarrer un ordinateur des années 70, d’accéder à internet avec un modem 56K pour y télécharger des cours afin de se maintenir à la page au niveau technologique.

Badge : Beaucoup de clients demandent l’utilisation d’un badge pour circuler dans leurs locaux. Les badges des prestataires ont la plupart du temps un aspect graphique qui diffère de celui des internes pour qu’ils n’oublient pas qu’ils sont des Untermenschen. Pour autant, il faut reconnaître qu’aucun client n’a encore osé distribuer des badges en forme d’étoiles.

Bodyshopping : Le bodyshopping est une activité qui consiste  à vendre n’importe quel prestataire sur n’importe quelle mission pourvu qu’il ne soit pas en intercontrat. Bien entendu, le commercial se préoccupe d’abord des désirs d’évolution du prestataire; c’est pour ça que le bodyshopping, c’est toujours une SSII concurrente qui le pratique.

Cadre : statut imposé pour que le salarié s’assoit sur les heures supp et découvre les joies de la vie nocture au travail.

Collaborateur : un collaborateur est quelqu’un qui se donne avec plaisir à son entreprise. Il remplace de vieilles expressions vulgaires comme salarié qui désignait d’abord un percepteur de salaire, ou travailleur qui désignait un fournisseur de travail. Le collaborateur est dans l’entreprise pour développer son épanouissement personnel, alors autant ne pas tomber dans la vulgarité en parlant de travail ou de salaire.

Commercial : vendeur de viande.

Consultant indépendant : Technico-fonctionnel sous-traitant du sous-traitant du sous-traitant à qui l’on fait appel quant le gonogo nogo.

Copil : réunion aux cours desquels, le client qui veut en avoir pour son argent écoute les justifications vaseuses du directeur de projet chargé de lui expliquer pourquoi dans la réalité, le projet ne fonctionne pas aussi facilement que prévu dans les slides, et comment il faut s’y prendre pour pousser les prestataires à cracher de la productivité.

Corporate : Adjectif  désignant une attitude ou une personne adhérant tellement à la culture de l’entreprise qu’elle en perd toute notion critique et pourra ainsi soutenir sans problème que le soleil est bleu, si nécessaire. L’église de scientologie est un modèle d’esprit corporate.

Deadline : la deadline est une date irréaliste à tenir absolument sans quoi les pires catastrophes peuvent se produire. Il ne s’agit pas de répondre à une urgence tel que ce mot est compris dans les services hospitaliers, où seule la vie d’un pauvre quidam est en jeu. Il s’agit beaucoup plus sérieusement d’empêcher le directeur de projet de perdre la face en ne tenant pas les délais qu’il a promis, ce qui est bien plus grave.

Droit d’entrée : D’après certaines études, les prestataires auraient besoin de manger. Les clients ne prenant que très rarement à leur charge les frais de cantine pour les nombreux prestataires, ceux-ci doivent payer un « droit d’entrée » à la cantine s’ils veulent pouvoir faire un repas équilibré.

Entretien annuel : cérémonial souvent imposé par la loi au cours duquel un manager doit essayer de retenir le nom d’un salarié qu’il n’a pas vu depuis un an et qu’il doit faire mine d’évaluer sans lui révéler que le budget prévu pour les augmentations a été décidé depuis belle lurette.

Focal Point : personne assise sur deux chaises fortement éloignées, dont le strabisme congénital permet à deux entités ne pouvant pas se voir de ne pas communiquer entre elles.

Friday wear : le Friday wear est l’autorisation de retirer le costume-cravate le vendredi pour constater que ça n’a aucun effet sur la productivité, ni sur les relations sociales. L’avantage du Friday wear est que l’on se sent au travail aussi bien que chez soi. Si bien qu’on ne voit même plus la différence quand on vient passer ses week-ends sur son lieu de travail.

Gestion des priorités : méthode permettant de dépiler des tâches suivant des critères rigoureux, rationnels et concertés. Celle-ci permet de se concentrer 5 min sur un sujet ultra prioritaire, jusqu’à ce que votre N+1 débarque avec un sujet archi prioritaire , interrompu par votre N+2 qui vous somme de résoudre sur le champ un incident super hyper trop critique , suivi de votre baby sitter qui vous annonce qu’elle vous fait faux bond à la dernière minute.

Gonogo : Une réunion de gonogo est une réunion dans laquelle les dirigeants d’un projet se réunissent pour décider si la mise en production se fera ou pas, bien que rien ne fonctionne et que la date n’a aucune chance d’être tenue compte tenu de la charge restante et du délai imparti week-ends inclus. Les réunions de gonogo ne doivent pas être confondues avec les réunions de bonobos qui ont des pratiques sexuelles bien différentes et bien plus heureuses.

Grand compte : Le grand compte est une grande entreprise considérée comme la vache à lait par la SSII. Non seulement, le grand compte regorge de liquidités et de besoins, mais il permet au commercial de prospecter un minimum de clients et de faire de jolies plaquettes de présentation de sa société. Le seul problème du grand compte, c’est qu’il peut devenir un client unique qui ferme le robinet du jour au lendemain en créant un afflux de prestataires en intercontrat au siège dont il faudra se débarrasser par tous les moyens.

Ingénieur Qualité : personne qui veut bien s’assoir avec vous et pleurer quand vous lui racontez les difficultés du projet.
Il ne peut rien pour vous. par contre il doit remplir et consolider un tableau excel de 40 onglets montrant que tout est au vert.

Intercontrat : L’intercontrat est la durée qui s’écoule après une mission avant que le commercial ne prouve SES capacités à trouver une nouvelle mission. Plus il est incompétent et plus il cherchera à faire culpabiliser le prestataire en intercontrat en lui faisant croire que c’est de sa faute, qu’il n’est qu’une charge pour l’entreprise et ferait mieux d’aller voir ailleurs, car comme le disent les managers « L’intercontrat, quand il y en a un, ça va, c’est quand il y en a plusieurs que ça pose des problèmes »

Imputation/CRA/timesheet : Chaque semaine, le prestataire doit remplir dans un logiciel souvent archaïque (puisque la plupart d’entre eux ne connaissent pas encore l’activité grève) un compte rendu d’activité (ou CRA ou timesheet) de leur travail de la semaine. Pour la SSII, il s’agit de l’activité la plus importante qu’un prestataire puisse faire au cours de la semaine puisqu’elle permet de facturer la semaine de travail au client. Certains esprits mal tournés se sont demandés pourquoi ils facturaient sur leur CRA, 40 heures de travail par semaine au client alors que leur bulletin de paye indique 37 ou 38 heure, selon leur accord d’entreprise. Il est très malpoli de demander à son commercial qui peut bien empocher la différence.

Junior : Un junior est un jeune diplômé qui vient d’être embauché et qui ne sait pas encore qu’il peut s’asseoir sur les promesses d’augmentation et les perspectives de carrière qu’on lui a fait miroiter.

Lean Management : méthode permettant de prouver scientifiquement qu’un informaticien indien a un salaire inférieur à son collègue français et que le prix du m2 est plus bas à Sarcelles que rue de la paix à Paris.

Matériel informatique : matériel souvent obsolète ne permettant pas son utilisation pour mener à bien les projets hautement technologiques. Certains prestataires sont donc parfois contraints d’acheter leur propre matériel afin de répondre aux exigences de l’évolution technologique et de ne pas se mettre leur N+1 à dos lorsqu’ils ont une mission ASAP a remplir.

Middle management : kamikazes pris en étau entre leur top management archi exigeant et leurs collaborateurs ultra râleurs.

Mobilité : compétence principale du collaborateur, loin devant ses connaissances techniques ou fonctionnelles. Peu importe si le projet n’est pas rentable (surcoût des frais de déplacement) et que le collaborateur est mécontent (pas de vie de famille), le commercial peut toucher sa prime.

Multitaches : méthode moderne de travail permettant de faire mal 10 choses en même temps au lieu de faire bien une chose après l’autre, sous le regard admiratif de sa hierarchie. Les experts en multitâches peuvent avec une facilité déconcertante bâcler simultanément un mail, un SMS, une conversation téléphonique et 5 sur MSN, tout en finissant leur pizza.

N+1 : le N+1 est le supérieur hiérarchique direct, celui qui vient postillonner au prestataire qu’il faut tout lâcher démarrer un nouveau truc ASAP. Le N+1 a lui-même un N+1 qui est le N+2 du prestataire.

Nearshore : L’offshore donnant souvent des résultats catastrophique, les SSII ont inventé le nearshore pour résoudre certains problèmes liés à ces délocalisations (problèmes de langue, problème de décalage horaire, etc…). Le nearshore ayant le moins d’impacts négatifs sur les projets consiste à imposer des mutations en province aux développeurs avec réductions de salaires puisque la vie est censée y être moins chère.

Organigramme : joli dessin dans l’intranet, permettant de savoir si on a le droit ou pas de répondre des gros mots à la personne qui vient de vous envoyer un mail d’insultes.

Outsourcing : L’outsourcing est l’externalisation des services qui permet aux prestataires de travailler dans des SSII au lieu de subir la routine de travailler en interne chez son client final. C’est grâce à l’outsourcing que le prestataire peut voyager à la découverte des plus riantes zones industrielles, même les plus reculées.

Performance : mot qui décore élégamment les slides, les plaquettes commerciales et les réunions corporate. Souvent accompagné d’une photo de beaux athlètes en pleine action, qui ne sont manifestement pas vos collègues. Ne pas hésiter à accessoiriser avec quelques termes connexes: excellence, innovation, qualité, perfection, invincibilité ou super pouvoirs magiques. Voir aussi slide et corporate.

Plan de sauvegarde de l’emploi : charrette de licenciement.

Planning previsionnel : joli document plein de couleurs, de dates et de flèches (cf slide), dont la principale caractéristique est d’être totalement obsolète avant même d’être diffusé.

PMO : le PMO est un secrétaire de projet qui est convaincu d’avoir les attributions d’un directeur de projet. A la différence de la secrétaire au siège, il ne se charge pas du réconfort psychologique des prestataires, préférant générer lui-même la tension sur les prestataires.

Proactif : Etre proactif, c’est aller chercher soi même du travail quand il n’y a rien à faire, ou trouver soi même sa mission quand le commercial n’y arrive pas. Etre proactif consiste à faire le travail des autres. Si tout le monde était suffisamment proactif, il n’y aurait pas besoin d’engager autant de monde pour supporter une même charge de travail.

Propal : la Propal est avec l’autoformation, la principale activité demandée aux prestataires en intercontrat. Il s’agit de faire croire aux prestataires qu’ils vont évoluer dans l’entreprise en rédigeant une estimation de charge d’un appel d’offres que personne ne lira, puisque les commerciaux utiliseront leurs réseaux pour avoir les chiffres des concurrents afin de proposer juste un peu moins cher.

Ressources humaines (directeur des) : Personnel (responsable  du). Ce terme de ressources humaines est heureusement en train de tomber en désuétude pour être petit à petit remplacé par le terme plus avantageux de stock humain.

Secrétaire : La secrétaire est le point de contact humain privilégié avec le siège. Elle est en fait le seul être encore humain au siège avec l’infirmière, dont elle partage une partie des attributions, notamment le réconfort psychologique des salariés. Son problème est que, elle n’a personne vers qui se tourner pour confier ses propres malheurs.

Siège : Le siège d’une SSII est le lieu dans lequel le candidat est venu passer son entretien et dont il n’aura plus aucune nouvelle tant qu’il ne sera pas en intercontrat, pour ceux qui ont la chance d’y être affecté. Pour les autres, affectés à des locaux le plus souvent très excentrés lors des intercontrats ou pour les missions en forfait, ils y retourneront à l’occasion de leur fin de contrat, parfois volontaire.

Slide : document powerpoint parfois  très joli à regarder mais la plupart du temps complètement vide de sens. Le slide sert à prendre des décisions stratégiques sur un projet ; c’est aussi un outil de progression managériale. En effet, les SSII raffolant du mécénat aiment promouvoir la fibre artistique de leurs managers en leur offrant des promotions lorsque ceux-ci sont capables de faire les plus jolis slides.

Souplesse : (synonyme flexibilité) Il est fréquent qu’un client demande à un prestataire, s’il sait faire preuve de souplesse. Cette notion n’a aucun rapport avec les aptitudes à la gymnastique. Il s’agit juste de la capacité à être corvéable à merci.

Sous traitant : terme péjoratif pour désigner les sous hommes classés encore plus bas que les prestataires des sociétés intégratrices. Les sous-traitants coûtent tellement cher en facturation qu’il convient de les accabler de travail pour rentrer dans ses frais.

Stagiaire : individu staffé au même titre qu’un consultant débutant mais pour lequel l’employeur fera en sorte de ne pas rembourser la carte de transport, ne pas indemniser les repas ou encore ne pas aménager les horaires.

Syntec : laboratoire d’idées du Medef pour ramener les salariés au XIXeme siècle. Les informaticiens en sont les heureux cobayes.

Team leader : Un team leader est un cocu professionnel. C’est un titre utilisé dans certaines SSII pour que le manager se décharge de son travail sur lui. Le team leader est chargé en plus de son travail sur projet, de venir au siège expliquer à des prestataires dont il a la « responsabilité » qu’ils ont fait du bon travail mais ne pourront pas être augmentés. A défaut de gagner plus que s’il faisait uniquement son travail de prestataire, le team leader a toute la sympathie du manager, et ça lui fait chaud au cœur.

Technico-fonctionnel : la baisse de la qualité des softwares par la compression des coûts a amené à la création d’un nouveau poste : le technico-fonctionnel, un prestataire chargé de coller des rustines en étant capable de faire n’importe quoi par n’importe quel moyen pourvu qu’il puisse travailler dans l’urgence.

Turn over : vitesse à laquelle les salariés fuient l’entreprise quand ils trouvent ailleurs.

Les risques psycho-sociaux : le stress

Plus de 97 % des DRH déclarent que le bien-être psychologique des employés est un enjeu important pour l’entreprise et précisent que c’est un levier pour améliorer les relations internes, attirer les talents, augmenter la compétitivité et la productivité. Les salariés marquent un intérêt plus marqué : 2/3 le jugent « très important » contre 55 % des DRH. Et pourtant, la réalité des entreprises, et en particulièrement des SSII, est tellement éloignée de ce paradis fantasmé.

La mécanique du stress

Le stress est une réaction physiologique naturelle du corps pour répondre à une agression.

Pour réagir à une agression ponctuelle, le corps va secréter des hormones : les catécholamines (adrénaline, noradrénaline, dopamine). Elles ont pour effet d’alimenter en oxygène, cerveau, muscles, et cœur et de stimuler le cœur, en augmentant la fréquence cardiaque, la pression artérielle, et la température du corps. Puis vient la sécrétion d’autres hormones : les glucocorticoïdes qui alimentent les muscles en sucres. Ces hormones ont la particularité d’être régulés par des récepteurs dans le système nerveux central qui en arrête la production en cas de surabondance dans l’organisme. Une fois que l’agression a disparu, le corps reprend son rythme normal.

Mais il peut arriver qu’une situation de stress dure : C’est le stress chronique (par opposition au stress aigu qui répond à une alarme ponctuelle). Le corps est alors en réaction permanente et les capacités de l’organisme sont débordées. Le système nerveux central qui régule la sécrétion d’hormones devient inefficient. L’organisme, produit toujours plus d’hormones jusqu’à en être submergé. A force d’être activé, il s’épuise

Les agressions : Quelles sont elles ?

Globalement, le stress survient lorsqu’il y a déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face. Mais, dans les faits, il existe un nombre conséquent de facteurs responsables du stress chronique au travail. Si 20 % des salariés européens estiment que leur santé est affectée par des problèmes de stress au travail, ce chiffre monte beaucoup plus haut dans les métiers de l’informatique tant les facteurs déclenchant y sont nombreux.

  • Facteurs liés à la tâche ou liés au contenu même du travail à effectuer

Parmi ces facteurs, il y a la fois les exigences quantitatives. Il est très fréquent sur les projets d’avoir à tenir des délais avec des charges de travail totalement incohérentes. Qui n’a pas connu les affres des semaines précédant les mises en production ?

Il y a également les exigences qualitatives. Les projets étant de plus en plus standardisés, la qualité doit être maintenue, malgré la surcharge de travail.

L’inadéquation entre les compétences et la nature des tâches sur la mission est également une source de stress importante puisqu’elle oblige le salarié à se former sur son temps de travail tout en censé être pleinement productif pour la tâche demandée. Les sociétés qui trafiquent les CV pour placer des prestataires ou celles qui envoient leurs prestataires sur des mission en se disant que le profil correspond »à peu près » au poste ont une lourde responsabilité dans le stress de leurs salariés, et dans ses conséquences sur leur santé.

La fragmentation de plus en plus poussée des taches, dans un cycle en V qui se complexifie avec l’apparition de l’offshore fait aussi partie de ces facteurs. En ne comprenant plus le sens de travail parce que le fait de n’être plus qu’un maillon d’une longue chaîne de conception décidée en haut lieu, le sens du travail accompli avec la satisfaction d’observer l’objet réalisé s’amenuise fait perdre de sons sens au travail, et alourdit le sentiment de contrainte dans la balance effort à fournir/résultat accompli.

  • Facteurs liés à l’organisation du travail

Parmi ces facteurs, il y a tout d’abord la mauvaise planification des tâches et une répartition trop rarement contrôlée.  Les projets font souvent une étude théorique en amont qui ne colle jamais à la réalité : Qui n’a jamais été sommé d’interrompre une tâche qu’il était en train de faire pour en commencer une autre ? Qui n’a pas eu son rythme de travail imposé par des demandes à devoir réaliser immédiatement ?

L’impression des missions confiées est aussi un facteur de stress important. Un salarié qui ne sait pas précisément ce qu’un employeur ou un client attend de lui, ni sur quelle base, il sera évalué, ne pourra que stresser en se demandant ce qui pourra lui satisfaire son désir de reconnaissance, que ce soit en perspective d’évolution de carrière, en augmentation de salaire, ou autre.

La précarité de certains contrats de sous-traitance, et la pression qui s’exerce en particulier sur les indépendants sont également des facteurs de stress, quand certains intervenants ne savent pas quoi demain sera fait alors que ceux de l’intégrateur, ou ceux de la société correctement référencée auront plus de facilité à envisager leur avenir sur le poste

La réorganisation incessante du travail est aussi une autre source de stress importante très répandue dans les SSI, que ce soient sur les projets, ou pour les personnels administratifs travaillant au siège, d’autant plus qu’au fur et à mesure des fusions dans le grand monopoly capitalistique, nos cultures latines se heurtent de plus en plus souvent aux méthodes de gestion anglo-saxonnes.

  • Facteurs liés aux relations de travail

Le fait que les projets soient confiés à des intervenants de plusieurs sociétés sous-traitantes, avec chacune leurs propres intérêts à défendre entraînent souvent des conflits psychologiques, très difficiles à surmonter, comme à chaque fois qu’il y a un conflit dans une autorité qui donne des ordres contradictoires : Dois je satisfaire le client ou l’intégrateur quand ils me donnent des ordres incompatibles ?

La multiplication des sociétés intervenantes sur un même projet entraîne des situations de concurrence et de conflit qui n’aident pas à un bon soutien psychologique de ses collègues, comme cela est plus facilement entre salariés d’une même entreprise.

Il faut préciser ici quelque chose d’important. Les relations de travail peuvent être pourries par un management incompétent, mais aussi par un management autoritaire. Ce management autoritaire n’est pas forcément un excès de zèle d’un manager, mais découle de méthodes management théorisés et enseignées (méthode Hoshin, Lean management, pyramide de Maslow etc..). Dans les théories enseignées aux managers, il est commun de penser qu’il y aurait un mauvais stress (celui qui rend malade), et un bon stress (celui qui permettrait une meilleure implication dans le travail et une plus grande motivation des salariés). Mais ces notions de « bon stress » et « mauvais stress » n’ont aucune valeur scientifique. Il n’y a scientifiquement que deux formes de stress, le stress aigu et le stress chronique qui ont des répercussions différentes sur l’organisme.

Au-delà du management autoritaire, il y a encore une étape supplémentaire lorsqu’un manager n’hésite pas à se livrer au harcèlement moral pour pousser un salarié à la démission.

Pour les femmes, il y a aussi le harcèlement sexuel  qui peut exister. Le monde de l’informatique est encore un monde qui a beaucoup de retard dans sa vision des rapports hommes/femmes. Et être une femme dans une SSII est encore trop souvent un handicap lourd à porter.

  • Facteurs liés à l’environnement physique et technique

Le travail en bureau paysager, ou « open space » est aussi une source incommensurable de stress. Comment être serein quand on doit travailler des journées entières en se demandant si quelqu’un derrière vous ne regarde pas ce qu’il y a sur votre écran ? Ou lorsque l’on doit avoir une communication téléphonique privée que tout le monde peut entendre ?

  • Facteurs liés à l’environnement socio-économique de l’entreprise

Ces facteurs aussi sont nombreux dans l’industrie informatique.

La nature même de la prestation est un facteur important. N’avoir que des contacts sporadiques avec le personnel du siège qui est censé vous suivre mission après mission ne permet d’avoir le sentiment de soutien qu’un salarié est en droit d’attendre lorsqu’il est confronté à des problèmes qui lui apparaissent insurmontables chez son client. L’éloignement en mission n’aide pas non plus à aider le salarié à aller pousser la porte du médecin du travail.

La menace de l’intercontrat, la menace de l’offshore viennent aussi se rajouter. L’intercontrat est souvent vécu comme quelque chose de dévalorisant. Les SSII font beaucoup pour que les salariés en intercontrat éprouvent un sentiment d’inutilité (obligation de se présenter au siège pour y faire des tâches indues, voire rien du tout) et de culpabilisation (prise en compte du nombre de jours facturés dans les évaluations de fin d’années, alors que le placement en mission est le travail des commerciaux ou des responsables du staffing)

Depuis quelques années est aussi apparue la peur de l’offshore. La mode de sous traiter le développement dans des pays à bas coût, quand ce ne sont pas des pans entiers des projets ou des TMA a mis une énorme pression sur les salariés qui doivent tenir compte de la menace de voir leur travail disparaître s’ils ne sont pas assez performants.

Enfin, aussi bien dans les SSI que dans les entreprises de télémarketing, l’absence de stratégie d’investissement à long terme a aussi rôle. Pendant que l’industrie peut décider de plans industriels donnant une visibilité sur plusieurs années, les salariés des SSII subissent, eux, directement, les conséquences des résultats financiers immédiat de leur entreprise. Quand le seul objectif de la SSII est de préserver la marge bénéficiaire pour soutenir le cours immédiat de l’action, le manque de visibilité sur l’avenir et le sentiment de précarité viennent aussi mettre beaucoup de pression sur le salarié.

Les conséquences : c’est du perdant-perdant

Il est évident qu’épuiser l’organisme à force de stress n’est pas sans conséquence.  La production n’y gagne rien avec la chute de productivité des salariés ou le taux d’absentéisme par maladie

Le stress nuit à la fois  à l’efficacité économique de l’entreprise et au bien être des travailleurs. Il ne s’agit pas de s’étendre sur le premier point ; ce serait plutôt le travail du Syntec ou du Medef. Et pour nous, la vie et la santé des travailleurs valent bien plus que n’importe quel cours d’action ou n’importe quelle marge bénéficiaire. C’est aux patrons de se demander  dans quelle mesure, la stimulation par l’effet de peur leur rapporterait plus que l’effet de blocage.  Nous n’aborderons donc ici que les conséquences du stress sur la santé et la  vie des salariés. Et ces conséquences sont aussi nombreuses que les facteurs de stress : troubles musculo-squelettiques, troubles cutanés, troubles du sommeil, trouble de l’appétit, maux de tête, nervosité accrue, affaiblissement des barrières immunitaires, surmenage, burn-out, accidents vasculaires cérébraux, artériosclérose, ruptures d’anévrisme, infarctus, dépressions, et même suicides (le grand tabou du patronat français)

Les ravages psychologiques du stress peuvent être impressionnants à la lecture de l’actualité, mais les risques physiologiques ne doivent pas être négligés tant il font des ravages. En effet, les maladies cardio-vasculaires déciment bien plus que les suicides, et même bien plus que les accidents de la route. Et, une très grande partie d’entre elles, notamment pour les hommes, sont liés au stress professionnel. Les études montrent que le sentiment d’oppression au travail pouvait multiplier par 2,5 les risques d’artériosclérose au niveau de la carotide par rapport à des salariés non soumis au stress.

Quant aux risques psychologiques, ils ont des conséquences qui peuvent être catastrophiques. Avec le burn-out, vient la démotivation, la perte d’estime de soi pour ne pas avoir atteint les objectifs attendus sans pouvoir prendre le recul nécessaire pour se rendre compte qu’ils étaient inatteignables. Pour peu que le salarié ait surinvesti dans son travail, c’est la dépression qui prend la suite parce que c’est son monde qui s’effondre. Et il est tellement facile de surinvestir dans son travail dans l’informatique avec la porosité entre vie privée et vie professionnelle mise en avant dans tant d’entreprises du secteur. Combien d’entreprises vendent leur réputation à leurs propres salariés ? Quel célèbre éditeur de jeu vidéo, quel cabinet de conseil prestigieux, quel grand éditeur de logiciel ne vend pas à ses propres employés la fierté d’appartenir à un fleuron du monde de l’informatique qui vaut bien qu’on lui sacrifie sa vie privée ?

Le dernier risque au bout de la dépression, est le suicide. Le Medef est l’un des touts derniers syndicats patronaux d’Europe, à toujours refuser de faire et de publier des statistiques sur le suicide en entreprise. Mais pourtant, les faits divers s’accumulent et qu’ils ciblent particulièrement les SSII, et nous savons tous que si cette triste comptabilité devait être tenue, elle mettrait en évidence que toute la propagande des entreprises pour vendre leurs métiers aux jeunes qui sortent de l’école, ne vaudrait pas plus que les discours d’Ali le comique, le ministre de l’information de Saddam Hussein qui annonçait la défaite des troupes américaines pendant que les chars américains rentraient dans Bagdad.

Ne pas subir le stress

Il n’y a pas de secret pour se prémunir du stress au travail et de ses nombreuses conséquences ; Il faut  apprendre à dire non à sa hiérarchie : Non au commercial qui cherche à imposer une mission déqualifiante, ou une mission trop éloignée, mal définie, ou ne pas laisser croire au client que l’on a toutes les compétences pour le poste quand elles ont été inventées par le commercial, non au directeur de projet qui cherche à imposer des horaires tardifs ou des astreintes le week-end pour tenir le délai, non à la succession de travaux urgents devant être réalisés immédiatement en dehors de toute planification, non aux ordres contradictoires entre les différents décideurs d’un projet, non  aux managers qui ne savent s’exprimer qu’en vociférant, non aux différentes stratégies pour monter les intervenants les uns contre les autres.

Enfin, il ne faut pas se laisser enfermer dans l’isolement. Tu n’es pas seul. Le syndicat est là !